Samedi 22 mars 2008 à 16:52

Dans le cadre d'un concours, j'ai réalisé un carnet de voyage sur un périple en vélo effectué avec deux amis en août dernier. Je vous donne l'adresse du blog et si ça vous intéresse, n'hésitez pas à laisser des commentaires.

http://loireavelo.canalblog.com

Publié par Anachronisme

Mercredi 19 mars 2008 à 19:50

 

Dolce vita



J'avais l'intention de participer au concours du CROUS sur le thème "Rouge", mais j'ai été induit en erreur par des dates de clôture différentes et je n'ai pas pu le finir à temps. Bon, ça sera pas complètement perdu...

           
Margherita arrêta son geste et recula d'un pas pour contempler son œuvre. Elle souffla pour dégager une mèche de cheveux qui trainait sur son front, qu'elle essuya avec le dos de la main. Elle s'était fait un rapide chignon dans lequel elle avait planté un pinceau à peine sec. Elle était horriblement mal coiffée mais ça lui allait comme un gant. Elle porta à nouveau le regard sur son travail. Il manquait quelque chose. Le sujet était une corrida, elle voulait s'inspirer des affiches espagnoles, mais pas seulement. Le taureau était une victime, elle représenterait la cruauté du torero et des spectateurs. Elle avait déjà trouvé un titre à sa toile : « Du sang et des jeux ». Tout en réfléchissant elle croqua dans une pomme, puis s'aperçut trop tard qu'elle faisait partie d'une nature morte à laquelle elle travaillait. Tant pis, elle devrait faire quelques modifications. Une lumière blonde vénitienne éclairait maintenant son atelier, c'était le signe que le soir arrivait, le meilleur moment de la journée. Comme en écho à ses réflexions une voix de vieux appela :

_Margherita !
_Oui papa ?
L'homme, plutôt élancé, avait la silhouette d'une statue sculptée dans le bois et les traits comme peints à grands coups de pinceaux. Il regarda la combinaison de la jeune femme recouverte de peinture :
Mon Dieu, mais tu as au moins égorgé un mouton !
-Un taureau plus précisément.
-Vas te changer, je mange avec ma fille ce soir.
Lorsqu'elle sortit sur la terrasse le vent caressa ses jambes, il faisait bon. Elle avait mise une jupe couleur flamenco et avait piqué une rose dans ses cheveux, pour rester dans la note espagnole. Le vieil homme s'exclama d'un air désolé :
-Margherita !
-On n'est plus à l'époque des communistes Alberto !
-Le maquillage était obligatoire ?
-J'avais envie d'être belle.
Tout en disant cela elle s'installa à la table ou le couvert était mis. Il apporta le plat avec une certaine fierté :
-Spaghettis à la bolognaise ! Avec un petit vin dont tu me diras des nouvelles !
Ils se servirent puis il remplit leurs verres.
-A quoi trinquons-nous ?
-A la belle vie !
-A la belle vie.
Ses joues se colorèrent, elle était heureuse, ici avec son père. Une fois qu'elle eut finie son assiette elle se resservit et ajouta de la sauce tomate.
-Tu n'as pas perdu la main.
-Attention tu vas grossir.
-Tant pis !
Bientôt ils restèrent le verre à la main, à contempler les ombres s'étirer sur les paysages dorés d'Ombrie, en contrebas. Un petit oiseau se rengorgea et égrena quelques notes de contentement.
-Toi aussi tu profites de la soirée ?
Le soleil couchant enflammait le ciel et étalait ses dernières couleurs flamboyantes à l'horizon. Elle savait maintenant ce qui manquait à son tableau. La muleta que brandissait le matador et qui provoquait l'excitation des spectateurs, puisque le taureau ne voyait que des nuances de gris. Ce tissu avait quelque chose de particulier. Sa couleur.

Publié par Anachronisme

Vendredi 18 janvier 2008 à 12:27


« J'y peux bleu si c'est vingt-six… »



Je fuis la pluie et m'enfonce dans le métro. A l'intérieur une odeur de gens mouillés se mêle à la chaleur des conduits d'aération. J'entre dans la masse et je suis les impers gris. Sur le quai je regarde mes lacets, sans y penser. Dans la navette les visages fermés me renvoient nez contre la vitre. Elle est sale. Je risque un œil dans l'allée. On y somnole, le regard ailleurs. La porte s'ouvre. Rien. Ca repart. Les lumières des tunnels s'étirent et se succèdent comme les minutes. Nouvel arrêt. Les gens poussent et me voilà dehors. Je reste debout par lassitude. Sur un banc, il y a un clochard assis à coté d'une gamine. Elle lui pose une question à laquelle il répond : « J'y peux bleu si c'est vingt-six… » La foule m'emporte dans une autre navette. Durant le trajet j'ai le temps de réfléchir. Qu'a-t-il voulu dire ? Je me surprends à regarder une jeune fille penchée sur son livre. Un brin de soleil vient caresser sa jambe. Ca fait comme une tâche de couleur. Elle relève la tête et la penche sur le coté, ce qui fait dégringoler sa longue chevelure rouge sous son béret noir. Elle me regarde droit dans les yeux et murmure : « Lala ? » Deux personnes me bousculent en sortant :

-L'orange de mon foulard a cessé de pleuvoir.

-N'est ce pas scandinaire ?

Personne autour de moi ne semble avoir entendu. Les silhouettes sommeillent comme si elles ne vivaient pas vraiment. Le roulis les fait tanguer de façon monotone. Quelqu'un se plante juste devant moi : « Combien de parapluies allez-vous ? » J'ouvre la bouche mais ne trouve rien à dire. Il attend une réponse, puis son visage s'illumine : « Merci ». Le temps que je reprenne mes esprits il est descendu. Un peu hébété je m'accroche à l'une des barres, gluante comme si elle avait elle-même transpirée. Le contact du métal est le même que celui des cuillers que l'on a trop souvent léchées. Un message résonne dans les haut-parleurs : « La rose à la vanille continue d'espérer ». Mais dans le wagon personne ne réagit, comme s'il ne s'était rien passé. Je décide alors de partir pour prendre le prochain arc-en-ciel.

Publié par Anachronisme

Mardi 18 décembre 2007 à 17:51


« Heureux soient les simples d'esprit… »



Désolé de vous imposer ce texte navrant, mais j'ai eu de bons retour, ce qui n'est pas si souvent... Le titre est provisoire - si quelqu'un a une idée...

 Thème : Les 7 péchés capitaux (1ère place ! - bon ok il n'y avait que 4 participants...)

 

« Si tu vois un long couloir sombre avec une lumière au bout, surtout n'avances pas », que je m'étais dit en matière de plaisanterie. Si vous croyez que c'est facile. D'abord j'ai hésité, et puis je me suis rappelé le regard qu'ils avaient échangés. Ils étaient ensemble. Ca crevait les yeux. Pas étonnant depuis le temps que j'étais à l'hôpital. Alors j'ai marché. Un type m'attendait derrière son bureau en train de pianoter sur son ordinateur. Il me jeta un coup d'œil puis me balança :

_Bonjour je suis Saint Pierre. Avant tout je dois vous annoncer que vous êtes mort.

Il bougea sa souris et cliqua plusieurs fois en regardant son écran puis s'arrêta.

_Qu'est-ce qu'il y a ?

_Vous n'avez plus de… Je fis un geste désignant vaguement mon menton.

_Quoi ?

_Vous n'avez plus de barbe ?

_Ca fait cinq-cents ans.

Cinq-cents ans ! Ca alors ! Ca faisait cinq-cents ans qu'on représentait Saint Pierre avec une barbe alors qu'il n'en avait plus ! J'étais effaré.

_Et Saint Nicolas ?

_Pareil.

Je restais pantois devant l'ampleur de cette révélation. Je n'osais rien demander à propos du costume rouge et des rennes. Puis une idée vint me trotter dans la tête.

_Mais je suis le seul à mourir ?

_Non mais je traite chaque cas séparément bien que je reçoive des milliers de personnes en même temps. Ceci afin de garantir un accueil personnalisé pour chacun.

_Hein ?

Il m'entreprit alors de m'expliquer comme on le ferait à un enfant. Ou à un débile mental.

_Prenez par exemple…euh…un rouleau de pécu. Chaque feuille peut être prise séparément et pourtant ensemble elles forment un rouleau.

_Vous êtes un rouleau de pécu ?

Ses sourcils formèrent une barre horizontale touffue sous laquelle perçait un regard noir.

_Prénom ! Hurla-t-il hargneusement.

_Raphaël.

_Nom !

_Bah…euh…si…

Un ange passa. Je ne le vis même pas. Je pensais à cet enfoiré en bas qui devait être en train de la consoler. J'avais de plus en plus la rage.

_Nous allons maintenant examiner si vous avez su vous tenir éloigné des sept péchés capitaux durant votre vie.

_C'est vous le pêcheur, moi j'étais sans emploi.

_Commençons par la gourmandise.

Il consulta son écran et fit la moue désapprobatrice du médecin qui annonce à son patient une recrudescence de son diabète.

_Tss, tss…Ce n'est pas brillant ça Mr Brouette. Pas brillant du tout…Vous êtes le second consommateur de chocolat au monde après les Etats-Unis d'Amérique.

_C'est que, vous comprenez, j'en prends quand je déprime…

Mais il avait un cœur de Pierre. J'avais l'impression de m'adresser à un mur. Et je pensais surtout à ce connard qui baisait ma femme…

_Passons maintenant à l'orgueil. Vous avez déclaré un jour : « J'ai regardé Dieu dans les yeux. Et il a détourné le regard. »

Ce fils de pute qui en profitait maintenant que j'étais crevé !

_Bac littéraire, fac d'Histoire de l'Art…vous n'auriez pas des origines corses des fois ?

Je suis sur qu'il s'était branlé des milliers de fois en imaginant quand il pourrait la sauter !

_Vous avez déposé une pièce d'un centime dans l'obole d'un mendiant et vous lui avez pris sa pièce d'un euro…

Je lui aurais coupé les couilles moi !

_Avant de passer à l'envie et la colère nous allons aborder la luxure.

Il démarra un logiciel et sur son écran s'afficha les films de mes copulations, solitaires ou avec partenaire(s), qu'il regardait en professionnel, d'un œil sévère.

_Eh mais vous gênez surtout pas ! Profitez-en !

J'étais fou de rage.

_Elle est pas mal votre copine. Dommage qu'elle soit seule maintenant.

Le coup partit sans prévenir. Je me ruai sur lui en hurlant comme un damné « Tends la gauche ducon ! » et je frappai, frappai, frappai. Je ne pouvais plus stopper et lui qui arrêtait pas de beugler. Sans mentir ce fut la multiplication des pains. Jusqu'au moment ou il n'y eu plus qu'une bouillie informe sous mes poings. La seule idée qui me vient à l'esprit à ce moment là ce fut : est-ce que les autres feuilles de pécu avaient reçu les coups ?

Publié par Anachronisme

Vendredi 26 octobre 2007 à 16:03


Le cri



Ma participation au Concours de Nouvelles des Insomniaques le 19 octobre 2007 (la version que j'ai envoyé était un tout petit peu plus longue pour remplir le quota). Le principe est simple : le thème est donné est donné à 19h le soir et la nouvelle doit être envoyée par mail au plus tard à 7h15 le lendemain matin. Celle-ci devait contenir entre 5000 et 6000 signes espaces compris et comporter tout les éléments suivants :
-Un bruit qui revient sans arrêt
-Un mauvais numéro
-La phrase (ou portion de phrase) : "ils font les mêmes pour les hommes ?"
-Un secret de nuit
Il y a eu au final 136 participants.

Un cri. Un cri de fou. Un cri comme nulle autre espèce que l'homme ne serait capable de produire. Puis plus rien. Le noir. Je touche mon front, il est brulant. Et pourtant je suis transi de froid, mes membres tremblent convulsivement, j'entends mes dents qui claquètent. Je viens de me réveiller dans la nuit noire qui m'entoure. Où suis-je ? Je suis…je suis…je ne sais plus. Je ne sais plus qui je suis. J'ai peur. A l'aide, j'ai peur ! Ma respiration s'affole. Je n'ose pas bouger et je veux qu'on vienne me chercher. Non. Je ne sais pas. L'angoisse ne part pas, j'aimerais tellement, mais elle ne part pas. Il faut que je me lève, ça va être terrible mais il le faut. Il faut que je sache. Il faut que je me force, que j'oblige mes jambes à bouger. Ah ! Je me réveille ! Où suis-je ? Qui suis-je ? Je ne sais pas. J'ai peur il fait noir. Je suis couché sur une planche. Je m'y cramponne. Du bois. Je suis couché sur une planche en bois. Il faut que je me lève. J'ai déjà vécu ça. Quand ? Où ? Combien de fois ? Il faut que je me lève, tout de suite ! LEVE TOI !

Je suis debout, j'ai peur, je suis transi de froid, mais je suis debout. Je touche le mur. Il y a un mur. Il y en a quatre. Quatre murs et moi au milieu. Je recommence. Oui, la salle est quadrangulaire, il y a quatre murs et moi au milieu. J'ai envie de pleurer. De me coucher et de dormir pour oublier. Oublier…oublier…je ne devais pas oublier…qu'est-ce que je ne devais pas oublier ? Un cri. J'ai sursauté comme une bête traquée, je suis terrorisé. Est-ce qu'on torture des gens ici ? On aurait dit que ça venait du tréfonds de la gorge. Qu'est ce que ça pouvait bien être ? Je dois partir ! Ah oui, un mur. Quatre murs et moi au milieu. Mais qu'est-ce qu'il faut que je fasse ?

Le mur explose. Je suis sonné, j'ai mal. Je ne dois pas m'évanouir, pas oublier …Pas oublier que je ne devais pas oublier. Trois murs et moi au milieu. J'ai froid, j'ai mal, il y a trois murs et je ne dois pas oublier. Il y a une lumière qui résonne dans ma tête, des battements de pale d'hélicoptère qui viennent et reviennent sans cesse… J'entends des sons, confus, il y a des voix : « Numéro 3110061836 ? » Le numéro ? Je ne sais pas. « Vous êtes bien le numéro 3110061836 ? » Je ne contrôle plus mes yeux. « Ils ont dû le droguer, c'était à prévoir… » Je n'entends plus très bien, j'ai du sang qui coule des oreilles. « …tu crois que c'est lui ? Ca venait de par là… » D'un air horrifié : «…ils font les mêmes pour les hommes ? » Qu'est ce qu'il a voulu dire par là ? Qu'est ce qu'ils font ? Pourquoi les hommes ? J'ai du mal à penser, on jette un treuil qui s'accroche à ma peau, je suis hissé. Je ne vois que le ciel, j'ai la nausée. La nuit est belle, c'est la pleine lune.

Un cri. Horrible. Absurde. Terrifiant. Proche, tout proche même. Panique : j'ouvre les yeux. Impossible de bouger. Je n'ai plus de force, j'ai l'impression de flotter dans un liquide, relié à des tubes. J'imagine mon cerveau dans un bocal de formol, mes intestins là, ici ma vessie…Ouvrez-moi ! Je veux savoir ! Et ce cri, qui se glisse sous ma peau et remonte le long de la colonne vertébrale…pour autant que j'en aie une. Cette fois j'y arrive, j'ouvre les yeux. Le plafond vacille, change de dimension. J'ai mal au crâne, je crois que j'ai uriné. Un mur, je compte. Trois murs et des barreaux. Je suis dans une cage. Une cage ? Le cri me vrille le crâne, il ne cesse plus. Il faut que je voie, il faut que je me lève. Je rampe, la douleur est intenable, je m'accroche aux barreaux et là je vois. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible, le cri qui me vrille le crâne me dit que c'est humain. Ca n'a rien d'humain. La bête qui est en face de moi n'a rien d'humain, je le vois à travers les barreaux, les miens et les siens. C'est monstrueux, ignoble, ça ne devrait pas exister. Je ne veux pas que ça existe. Surtout pas.

Et là je ris, je ris de toutes mes forces, nerveusement, je ris à m'en décrocher le gosier, à m'en arracher la mâchoire et à en répandre mes intestins sur le sol, je ris comme si ma mort en dépendait, je ris viscéralement, je ris tout en crevant de rire, je ris des membres mais sans la tête, je ris comme un dément, je ris et je ne m'arrête plus, plus jamais. Et en face le démon hurle, il se tord, se convulse, il roule des yeux, il laisse couler des seaux de bave qui viennent inonder sa cellule, il se blesse et meurtrit sa chair sur les murs, il rebondit dans un son flasque et se déboite les os, il se paye le dernier trip de sa vie et semble s'égorger l'esprit. Et tandis que je ris de toutes mes forces, il hurle et crache ses poumons. Tandis que je hurle à en perdre la raison il rit comme un damné. Et mon rire s'étrangle en un long hurlement que me renvoie le reflet dans la glace.

Publié par Anachronisme

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