Mercredi 19 mars 2008 à 19:50
Dolce vita
J'avais l'intention de participer au concours du CROUS sur le thème "Rouge", mais j'ai été induit en erreur par des dates de clôture différentes et je n'ai pas pu le finir à temps. Bon, ça sera pas complètement perdu...
Margherita arrêta son geste et recula d'un pas pour contempler son œuvre. Elle souffla pour dégager une mèche de cheveux qui trainait sur son front, qu'elle essuya avec le dos de la main. Elle s'était fait un rapide chignon dans lequel elle avait planté un pinceau à peine sec. Elle était horriblement mal coiffée mais ça lui allait comme un gant. Elle porta à nouveau le regard sur son travail. Il manquait quelque chose. Le sujet était une corrida, elle voulait s'inspirer des affiches espagnoles, mais pas seulement. Le taureau était une victime, elle représenterait la cruauté du torero et des spectateurs. Elle avait déjà trouvé un titre à sa toile : « Du sang et des jeux ». Tout en réfléchissant elle croqua dans une pomme, puis s'aperçut trop tard qu'elle faisait partie d'une nature morte à laquelle elle travaillait. Tant pis, elle devrait faire quelques modifications. Une lumière blonde vénitienne éclairait maintenant son atelier, c'était le signe que le soir arrivait, le meilleur moment de la journée. Comme en écho à ses réflexions une voix de vieux appela :
_Margherita !
_Oui papa ?
L'homme, plutôt élancé, avait la silhouette d'une statue sculptée dans le bois et les traits comme peints à grands coups de pinceaux. Il regarda la combinaison de la jeune femme recouverte de peinture :
Mon Dieu, mais tu as au moins égorgé un mouton !
-Un taureau plus précisément.
-Vas te changer, je mange avec ma fille ce soir.
Lorsqu'elle sortit sur la terrasse le vent caressa ses jambes, il faisait bon. Elle avait mise une jupe couleur flamenco et avait piqué une rose dans ses cheveux, pour rester dans la note espagnole. Le vieil homme s'exclama d'un air désolé :
-Margherita !
-On n'est plus à l'époque des communistes Alberto !
-Le maquillage était obligatoire ?
-J'avais envie d'être belle.
Tout en disant cela elle s'installa à la table ou le couvert était mis. Il apporta le plat avec une certaine fierté :
-Spaghettis à la bolognaise ! Avec un petit vin dont tu me diras des nouvelles !
Ils se servirent puis il remplit leurs verres.
-A quoi trinquons-nous ?
-A la belle vie !
-A la belle vie.
Ses joues se colorèrent, elle était heureuse, ici avec son père. Une fois qu'elle eut finie son assiette elle se resservit et ajouta de la sauce tomate.
-Tu n'as pas perdu la main.
-Attention tu vas grossir.
-Tant pis !
Bientôt ils restèrent le verre à la main, à contempler les ombres s'étirer sur les paysages dorés d'Ombrie, en contrebas. Un petit oiseau se rengorgea et égrena quelques notes de contentement.
-Toi aussi tu profites de la soirée ?
Le soleil couchant enflammait le ciel et étalait ses dernières couleurs flamboyantes à l'horizon. Elle savait maintenant ce qui manquait à son tableau. La muleta que brandissait le matador et qui provoquait l'excitation des spectateurs, puisque le taureau ne voyait que des nuances de gris. Ce tissu avait quelque chose de particulier. Sa couleur.