Dimanche 27 décembre 2009 à 22:58


Charme néfaste


            La tempête ne semblait jamais devoir s’arrêter. De grandes bourrasques de vent les trempaient et collaient leurs cheveux mouillés sur le visage. Après avoir mené les bêtes paître sur la colline ils s’étaient écartés des chemins et avaient été surpris par la pluie. Colin et sa petite sœur étaient maintenant perdus car des rideaux les empêchaient de voir au loin. Heureusement une chaumière leur apparut entre les gouttes. Sans se concerter ils coururent s’y réfugier tout en essayant d’éviter les trous d’eau et de glisser sur l’herbe. Une fois arrivés ils frappèrent à la porte. Sans obtenir de réponse ils allaient entrer lorsqu’une femme leur ouvrit :
-Mes pauvres enfants.
Pendant qu’elle les amenait encore tout dégoulinants près de la cheminée il observa leur hôte. Elle paraissait presque quarante ans mais était d’une extrême beauté. Elle leur apporta des vêtements et fit passer la jeune fille derrière une cloison.
-Comment s’appelle-t-elle ?
-Ameline. Elle a seize ans.
Elle aida le garçon à enlever ses vêtements. Au contact de ses mains il frissonna involontairement. Elle s’apprêtait à le réchauffer lorsque sa sœur réapparut dans une robe qui lui allait à merveille.

-Puisque vos vêtements ne sont pas secs je vous invite à souper chez moi ce soir.
Le repas fut excellent et arrosé de vin. Quand elle leur proposa de rester ils n’eurent pas le courage de refuser. Il semblait devoir pleuvoir toute la nuit et les rafales qui soufflaient contre les murs n’incitaient pas à repartir. Elle emmena la jeune fille dans une autre pièce et revint s’occuper de lui. Elle devait presque le porter.
-Mais ou allez-vous dormir ?
-Ne t’occupe pas de ça.
Il protestait mais bientôt s’écroula dans son lit.
            Elle le réveilla brusquement au milieu de la nuit. Elle plaqua fermement son corps contre le sien pour l’empêcher de s’échapper et rechercha sa bouche qu’elle embrassa goulûment. Il répondit instinctivement à son baiser puis descendit jusqu’à ses seins tandis qu’elle passait les mains dans son dos et ses reins. Ensuite elle lui montra l’exemple et rechercha son sexe qu’elle secoua vigoureusement. A son tour ses caresses quittèrent sa croupe pour glisser doucement vers sa toison. Elle en profita pour écarter les cuisses et le chevaucha. Sans savoir s’il fantasmait il sentit son sexe se dresser en elle. Tandis qu’il l’agrippait à pleines mains elle le mordit à l’épaule. Ils effectuèrent des mouvements violents pendant quelques temps et soudain il se sentit jaillir en elle. Après quoi toutes ses forces l’abandonnèrent.
            Le lendemain il était vidé, confus et avait un formidable mal de tête.
-Ou est Ameline ? demanda-t-il.
-Ta sœur ne t’as pas attendu. Elle est rentrée chez vos parents.
Comme il s’asseyait sur le lit elle s’approcha de lui. Elle promenait ses charmes à moitié nus et il posa ses mains sur ses hanches avec gourmandise.
-Tu n’as pas l’air très bien. Ne bouges pas je vais te préparer une tisane.
-Je n’ai pourtant pas tellement bu.
-Tu as du prendre froid…
Elle le fit boire sans protester et il ne tarda pas à se recoucher. Durant les jours suivants il tomba dans une extrême faiblesse. Son esprit errait comme un bateau perdu au milieu de la brume. Heureusement elle était là pour s’occuper de lui. A mesure que son état s’affaiblissait elle était plus resplendissante. Ils faisaient parfois l’amour mais ce seul effort le laissait complètement épuisé. Un matin il se réveilla avec une pensée en tête. Depuis combien de temps suis-je ici ? Il faut absolument que je revois ma sœur. Il réussit à se lever et se dirigea péniblement vers la porte.
-Ou vas-tu ?
-Je rentre chez moi.
-Hors de question !
Il hésita un moment. La voix se fit plus accommodante.
-Je veux dire tu n’es pas en état. Retournes te coucher je vais te préparer un potage.
Elle a peut être raison se disait il lorsque quelque chose accrocha son regard. Un crucifix.
-C’est celui d’Ameline ! Qu’as-tu fait à ma sœur ?
Imperceptiblement un sourire se dessina sur ses lèvres. Mais ses yeux étaient durs et cruels.
-C’est maintenant que tu t’en soucies ?
Brusquement il s’aperçut qu’elle lui bloquait le passage. Ce n’était plus la même femme qui se dressait devant lui. Elle paraissait beaucoup plus jeune et tout son corps semblait vibrer d’un furieux désir.
-Sorcière ! Tu m’as drogué.
Sa voix était pleine de colère mais la tête lui tournait.
-Il est trop tard maintenant. Tu ne peux plus t’en passer n’est-ce pas ?
Comme il titubait elle le prit dans ses bras presque avec compassion. Elle caressait la racine de ses cheveux et l’amena à plonger la tête dans sa poitrine où s’écoulèrent des larmes de rage. Il commença à la mordiller et elle le laissa faire. La tête en arrière elle exhala un soupir lorsqu’il souleva ses cuisses et la projeta violemment contre le mur. Leur respiration devint haletante. Il se vengeait sur sa chair avec une telle bestialité qu’elle ne pouvait plus que se laisser dominer. Lorsqu’elle commença à crier il chercha des mains sa pomme d’Adam. Il appuya. Son corps se débattit quelques instants. Enfin les membres retombèrent et ce fut la petite mort.

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Samedi 25 juillet 2009 à 13:49


Lettre de Bretagne 7


 
             Je l’ai revue, évidemment. Je l’ai retrouvée au port où elle m’attendait. Elle avait décidé de m’emmener faire un tour en barque et tout en la maniant, se grisait de la vitesse. Quand je lui demandais où nous allions, elle se contentait d’un sourire qui voulait dire : « Tu verras ». Nous avons dépassé l’hôtel, contourné l’éperon rocheux où se situe la grotte et continué à longer la côte, jusqu’à ce qu’il devint évident que nous nous dirigions droit sur le phare. Il était d’un blanc cassé, qui rompait la monotonie du bleu de l’horizon, et se dressait obstinément sur un ilot rocheux. Un homme d’une quarantaine d’années nous attendait, visiblement aussi surpris que moi de me voir débarquer. Il avait l’air un peu négligé avec sa tignasse mal brossée et son vieux pull en laine mais m’accueillit cordialement. Il est l’un des derniers gardiens de phare de Bretagne. Un métier payé une misère pour le poids de la solitude, mais qui lui permet de se consacrer à l’écriture. Ca, il me l’a raconté autour d’un verre dans la salle de vie du rez-de-chaussée. Plus tard il m’a fait grimper dans son bureau, qui renfermait une bibliothèque impressionnante pour un si petit espace. Mon regard a parcouru les titres sur les tranches (L’Ile au Trésor, Moonfleet…), un globe-terrestre à l’ancienne, un dessin de Corto Maltese, des notes un peu partout… Nous étions en train de discuter lorsqu’il sortit sur le pas de la porte : « On a un grain qui se prépare. Vous allez devoir dormir ici. Ca ne vous dérange pas ? » Jusqu’ici je n’avais pas fait attention aux bourrasques qui gémissaient contre le bâtiment, mais il était temps que nous mettions le canot à l’abri. Morgane me provoquait derrière ses cheveux. Elle m’a pris par la main et m’a entrainé dans l’escalier en colimaçon : « Viens, j’ai quelque chose à te montrer ». Enfin arrivés au sommet, elle ouvrit et passa devant moi. Quand ce fut mon tour une formidable rafale de vent me décoiffa. Je m’avançais prudemment jusqu’à la rambarde avec une sensation de vertige. La même que doit connaitre la vigie d’un bateau engagé dans la tourmente, au milieu des éléments et sans rien pour le rattacher à la terre ferme. C’est là qu’elle m’a embrassé. J’étais tellement surpris que je n’ai pensé qu’à ses seins qui s’écrasaient contre ma poitrine. Elle avait un goût salé. J’ai eu envie de recommencer et cette fois elle a pris son temps. 

Publié par Anachronisme

Dimanche 5 juillet 2009 à 20:14


In the mood for rain


            Bercé par les secousses du train, je regarde le paysage défiler lentement. Ma tête heurte inconsciemment la vitre où mon visage se reflète. Je suis seul dans le wagon. Depuis le début du voyage, je n’ai pas d’autre occupation. Si je baisse la vitre j’entends les rails faiblement, la brume du matin et les montagnes au loin. Il fait un peu bleu dehors, des hommes sont aux champs. Je rencontre par hasard des yeux noirs, mais déjà je m’éloigne. Un paysan quelque part mène son bœuf au travail. Je ne l’ai pas vue monter, mais elle est là. C’est une jeune femme élégante, vêtue à l’occidentale. Elle m’adresse un regard et s’assoit. Rien ne se passe. La chaleur s’installe. Au coin de ses lèvres, un soupir trainasse. Pour ne pas la désobliger je détourne le regard. La lumière souligne le galbe de ses jambes. Elégantes là aussi. Malgré la sueur sur mon front, je garde mon veston…
            Je m’éveille lentement. Du temps a passé. Le ciel est différent. Porteur de promesses de pluies. Elle s’est assoupie. Sa tête repose sur son épaule, comme une enfant. Sa poitrine se soulève faiblement, ses jambes ont glissé vers les miennes. Le vent s’introduit dans le compartiment. Elle semble à présent presque fâchée de s’être laissé allée.
-Je peux ? Son geste est suspendu. Elle exhale la fumée.
-D’où venez-vous ? murmuré-je.
-De Hong-Kong.
D’autres volutes s’échappent de ses lèvres. Ses jambes sont croisées. Elle n’y tient plus.
-Et vous ?
-Je connais.
Les premières gouttes tombent lourdement.
-Et vous descendez ?
-Au Sichuan.
-Vous avez sans doute de la famille là-bas.
-Un amant…
....................La pluie hésite à se lancer, puis s’abat brusquement. Des millions d’impacts nous maintiennent au silence tandis que le tonnerre se libère. Rizière, forêts, villages courbent l’échine mais la pluie nettoie tout. Quand elle s’en va, le silence règne, comme si la nature n’osait pas encore redresser la tête. Des torrents essorent la terre et viennent gonfler les rivières.
-Vous devez beaucoup l’aimer. Pour faire tout ce chemin.
-Je suis désolée. Je ne sais pas pourquoi je vous en ai parlé.
-Ce n’est rien.
-Maintenant vous connaissez quelque chose de moi, mais vous ne m’avez rien dis sur vous.
-Que voulez-vous savoir ?
-Quand étiez-vous à Hong-Kong ?
-L’année dernière.
-Encore une chose. Vous m’avez regardée tout à l’heure ?
Je répondis par un silence.
-J’en étais sure.
Ses adorables lèvres formèrent une moue. Comme je l’appris par la suite c’était un signe d’impatience. Nous sommes restés encore douze heures dans le train. Ce fut délicieusement long. Quand à elle, je ne l’ai jamais revue. Mais je n’oublierai pas cette jeune femme élégante qui allait au Sichuan.

Publié par Anachronisme

Lundi 16 février 2009 à 19:15

 
Muerte del angel


Le tango est une pensée triste qui se danse – Enrique Santos Discépolo

 

Dans la nuit noire, étouffante, un verre de rhum.
La piste vide, c’est la pleine lune.
Dans une robe rouge, éclatante, une femme de Rome,
Et un homme sombre, tanguent pas à pas.

Tout deux sur un air de milonga.


Leurs ombres glissent, l’une près de l’autre, dans la pénombre.

Elle tend ses mains, il prend sa taille, et son corps sombre.
Sur la musique, pris par leurs yeux, ils suivent la voix.
Une flamme brule, échevelée, entre ses doigts.
 
Il avance, elle esquive, le rythme s’accélère.
Des jambes jaillissent dans la lumière.
 
Son souffle court, contre sa nuque, la tête qui penche.
Le corps tendu, abandonnée, entre ses hanches.
 
La poitrine qui se soulève, les lèvres aigres…
 
La gifle explose, dans le silence, assourdissant.
Elle, la main levée, le regard fier.
Lui, visage blessé, dans la lumière.
Au loin, un air de blues…

Publié par Anachronisme

Dimanche 7 décembre 2008 à 20:22


Blues three



            La bouche en papier kraft, la nuque dans un étau et une veine qui jaillit à l’arrière du crâne. Il repousse le sol dur et se soutient, l’estomac au bord des lèvres. Une faible lumière file sous les mauvais rideaux et se glisse vers la fille. Elle a atterri sur le lit froid, dans sa tenue trop courte, les cheveux épars. Ses jambes à l’air jettent un reflet pâle. Lui, tangue maladroitement et se traine hors de la pièce. La lumière cogne ses orbites. Il voit du ciel, le sol, puis  redresse lourdement la tête. La mer au loin est un miroir géant, le ciel un désert de bleu au dessus des faubourgs. La pente l’entraine vers la ville, jusqu’au premier bar.
-Un Prairie Oyster.
-Connais pas.
-Jaune d’œuf, sauce anglaise, poivre, jus de tomate, fond de gin…
Les ingrédients s’ajoutent au fur et à mesure, comme s’ils répugnaient à se mélanger.
-Vous êtes surs de vouloir avaler ça ?
Il se pince le nez et la messe est dite.
-Combien je vous dois ?
Décoiffé par le soleil, emporté par la rue. L’ombre des passants s’étale comme de l’encre de Chine sur la terre ocre et beige. Le cri des gamins assourdi par la foule.
-Eh ! Arrêtez-le !
Son torse renverse un gosse dans sa course. Il laisse échapper une orange et s’enfuit, juste à temps avant qu’un marchand à bout de souffle n’arrive à sa hauteur.
-Non mais, vous vous rendez compte ?
-Oui, il ne s’est même pas excusé.
Sous les gros sourcils, un regard désapprobateur.
Les vents du large le poussent vers le port. Les vaisseaux somnolent et brillent dans l’éclat de la mer. Le cri des mouettes blesse le silence de la houle. Une pelure d’orange, comme une coquille de noix, flotte à la surface de l’eau. Le soir s’installe sans se faire remarquer. Les lucioles de la ville s’allument derrière les vitres des bâtiments. Les badauds laissent place aux clients, les voix des dockers à celles des ivrognes, qui sont les mêmes. Mains dans les poches, il largue les amarres.

Publié par Anachronisme

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